Hier soir, j’étais à l’avant-première du documentaire “A voix haute – la force de la parole” qui sort ce mercredi 12 avril 2017, et j’ai tellement vibré en le regardant, que j’ai eu très envie de vous en parler ce matin !
Le documentaire, qui avait déjà été diffusé sur France 2 fin 2016 dans Infrarouge, nous montre le parcours d’un groupe d’étudiants de l’université Paris 8 à Saint-Denis, qui se prépare  à la prise de parole dans le cadre du concours d’art oratoire Eloquentia.

Donner une autre image de la banlieue

Le concours Eloquentia a été créé en 2012 par le réalisateur du film, Stéphane De Freitas, lui-même un enfant de la Seine Saint-Denis, fatigué d’entendre encore et toujours les mêmes clichés sur les “jeunes des banlieues”, et en même temps, constatant l’inégalité des chances sur le terrain. Avec l’envie de révéler les talents des banlieues à eux-mêmes mais aussi aux autres, il s’est mis en tête de les former à l’art oratoire pour leur redonner confiance en eux-mêmes et surtout de leur donner les moyens de partager leurs idées et s’ouvrir au reste de la société française et au monde.

Apprendre les codes de la prise de parole pour se faire entendre

Tout au long de cette préparation au concours du meilleur orateur du 9-3, les participants ont donc appris les codes de la prise de parole. Ces derniers peuvent parfois, certes, paraître un peu rigides, mais ils peuvent s’avérer extrêmement pénalisants lorsqu’on ne les possède pas. C’est d’ailleurs l’expérience qu’en a faite Stéphane De Freitas lorsqu’il est devenu basketteur professionnel :

“Je me suis retrouvé de l’autre côté du périphérique, dans un environnement social radicalement étranger au mien : les gens s’exprimaient différemment, je me suis senti marginalisé, isolé. J’ai commencé à réfléchir, une réflexion de longue haleine…”

De plus, les codes de l’art oratoire relèvent tout de même du bon sens. Pour donner envie à un auditoire d’écouter, il faut au minimum se rendre “confortable à écouter”, c’est-à-dire intelligible et audible, mais aussi captivant. C’est ce que ces jeunes apprennent en quelques semaines seulement : à recalibrer leurs interventions pour les rendre les plus percutantes possibles. Pour autant, la personnalité de chacun est respectée et la créativité est au rendez-vous. Les cours de slam sont particulièrement jubilatoires, et l’expression scénique insiste sur le non-verbal et le lâcher-prise. L’accent est mis sur la tolérance et la liberté d’expression, notamment en imposant parfois aux participants de défendre des points de vue qui ne sont pas les leurs. Tous les débats se font ainsi dans un profond respect des opinions des uns et des autres, ce qui, à mon sens va vraiment dans le sens des valeurs profondes de la démocratie.

Un message des banlieues en période électorale

Et quel meilleur moment qu’en période électorale pour parler de l’importance de faire entendre sa voix, littéralement. Apprendre à parler en public, c’est se donner la possibilité d’avoir voix au chapitre, faire en sorte que sa voix compte. Car ceux qui ne savent pas parler sont souvent les moins représentés, les grands lésés du débat “démocratique”, les oubliés de la société. Le témoignage très fort d’Elhadj (qui a vécu dans la rue à la suite de l’incendie de son HLM) dans le film le raconte bien.

Un film qui fait du bien !

Si, comme beaucoup de français en ce moment, vous avez besoin d’espoir pour notre pays en pleine fracture sociale, courez voir ce film !
Il fait du bien car il montre qu’il y a une autre voie que celle de l’ignorance et de la haine des uns et des autres.
Il fait du bien car il élève la diversité, en montre toute la richesse et tout le potentiel. Il montre que la voix peut rapprocher les femmes et les hommes de tous les milieux, que se parler peut créer une passerelle au-dessus de l’abîme du périph’!

Une vraie leçon de vivre ensemble et d’enthousiasme !